Faire de la place pour mieux discerner ce qui compte dans sa vie professionnelle

"Remplis ce qui est vide. Vide ce qui est plein. Gratte où ça démange"

Alice Roosevelt Longworth

J’ai lu cette citation au détour d’une publication linkedin. Puis j’ai retrouvé cette notion de vide et de plein ailleurs, sous d’autres formes. Vous savez, ces phrases que l’on croise sans vraiment les chercher, mais qui reviennent jusqu’à finir par nous accompagner.

Elle m’a trouvée à une période particulièrement dense, faite de beaux projets et de rencontres, mais aussi de moments plus éprouvants et chargés émotionnellement.

Lorsque le rythme a ralenti cet été, quelque chose de précieux est réapparu : de l’espace. Pas seulement dans mon agenda, mais dans ma tête aussi.

Je me suis alors surprise à faire du tri : dans mes dossiers, bien sûr, mais également dans mes idées, mes envies et mes projets. J’ai relu certaines notes, laissé partir quelques pistes et choisi d’en nourrir d’autres.

Ce mouvement m’a rappelé ce que j’observe souvent chez les personnes que j’accompagne en bilan de compétences. Car lorsqu’on questionne sa trajectoire professionnelle, chercher de nouvelles réponses n’est pas toujours le plus important. Il faut parfois commencer par faire de la place.

Remplir ce qui est vide

À force de composer avec le quotidien professionnel, certaines dimensions importantes peuvent progressivement perdre leur place : la curiosité, la confiance, l’envie, le plaisir d’apprendre, la créativité ou simplement le sentiment de se sentir à sa juste place.

Un bilan de compétences permet bien sûr d’explorer ses compétences et ses possibilités professionnelles. Il permet aussi de remettre en lumière ce qui s’est effacé au fil du temps.

  • Qu’est-ce qui me nourrit aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ?
  • Qu’ai-je envie de retrouver dans mon quotidien professionnel ?

Il ne s’agit pas nécessairement de tout changer. Parfois, le premier mouvement consiste simplement à redonner davantage de place à quelque chose qui compte et qui était passé au second plan.

Vider ce qui est plein

On imagine facilement qu’un bilan de compétences consiste à accumuler des réponses : trouver un métier, identifier des compétences, élaborer un projet, construire un plan d’action.

Mon expérience me montre qu’une partie essentielle du travail consiste plutôt à enlever.

Faire le tri entre les injonctions et les envies. Distinguer ce qui nous épuise de ce qui nous met en mouvement. Questionner certaines habitudes ou certains choix qui avaient du sens hier, mais ne nous correspondent peut-être plus aujourd’hui.

Faire de la place ne signifie pas rejeter tout ce qui précède. C’est regarder ce que l’on porte et choisir plus consciemment ce que l’on souhaite continuer à emmener avec soi.

Ce travail de discernement dépasse d’ailleurs largement le temps du bilan. Il peut revenir à chaque changement de rythme, de fonction ou d’étape de vie.

Gratter où ça démange

nouvelle pousse dans la mousse

C’est probablement la partie qui me fait le plus sourire, parce que les changements commencent rarement par une évidence spectaculaire.

Ils apparaissent aussi sous la forme d’une multitude de petits inconforts précieux : une frustration qui revient, une fatigue inhabituelle, une envie repoussée depuis des mois, une situation qui devient plus difficile à accepter, une intuition encore difficile à expliquer.

Nous pouvons être tentés de les faire taire, surtout lorsqu’ils ne semblent pas suffisamment importants pour justifier un changement.

Pourtant, ces petits frottements racontent quelque chose.

Ils ne demandent pas forcément une réponse immédiate. Ils méritent d’abord d’être écoutés : qu’est-ce qui me gêne vraiment dans cette situation ? Quel besoin n’est plus suffisamment nourri ? Qu’est-ce que cet inconfort cherche à me faire regarder ?

Le questionnement professionnel commence parfois là.

Faire de la place avant de choisir une nouvelle direction

Lorsque l’envie de changement apparaît, nous cherchons souvent très vite la destination : quel métier ? quelle formation ? quel secteur ? quel projet ?

Ces questions viendront. Mais commencer par elles peut conduire à chercher une réponse avant d’avoir compris ce qui nous met réellement en mouvement.

Faire de la place permet un autre chemin : observer ce qui est devenu trop plein, repérer ce qui manque et écouter ce qui commence à « démanger ».

C’est aussi ce que permet le bilan de compétences : créer un espace suffisamment structuré pour prendre du recul, tout en laissant émerger ce qui compte vraiment pour soi.

Il ne s’agit alors plus seulement de répondre à la question « Que pourrais-je faire ? », mais d’explorer une question plus profonde : vers quoi ai-je envie d’aller, et qu’est-ce que je souhaite nourrir dans la suite de ma trajectoire professionnelle ?

Un temps pour observer ce qui pousse

Les transitions ont leur propre rythme.

Il y a un temps pour semer, un temps pour cultiver, un temps pour laisser certaines choses disparaître et un temps pour observer ce qui commence à pousser, sans chercher à accélérer la récolte.

Nos trajectoires professionnelles suivent rarement une ligne parfaitement droite. Elles évoluent avec nos expériences, nos besoins, nos rencontres et ce que nous découvrons de nous-mêmes.

Peut-être est-ce aussi cela, prendre soin de son parcours : s’accorder régulièrement un peu d’espace pour regarder ce que l’on souhaite remplir, ce que l’on peut vider… et ce qui mérite encore d’être gratté

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